Étranger

Corridor, illustration du poème Etranger de OlivierPoupet

Illustration : Corridor de Olivier Poupet

Étranger

Texte : Olivier Poupet

Voix : Lise Paco & Mourani

« Parmi, les textes de mes carnets, celui-là tient une place particulière…
Il n’est pas comme les autres.
D’habitude, les textes viennent à moi, je ne sais trop d’où ; ils s’imposent…
D’habitude, je ne fais que retranscrire et mettre en forme des émotions qui me submergent, comme pour les évacuer, en jouant avec l’émoi et les mots…
Mais ce texte… Ce texte, il m’a fallu aller le chercher. Il m’a fallu descendre au plus profond des ténèbres, celles que tout être porte en lui, plus ou moins enfouies, pour répondre à cette question :
« Et si j’étais fou, quelle serait ma folie ? » Olivier Poupet.

Si loin qu’il m’en souvienne j’ai toujours été
À ce monde étranger
Comme une âme trop pleine
Par le vide étranglée

J’ai nourri mes questions
Jusqu’à ce qu’elles me rongent
À force de me chercher
J’ai cru à leurs mensonges

Invisible au réel
J’ai bâti des murailles
Toutes parées d’apparences
Mais cachant mes cachots

Comme refuges infâmes
De mes pensées caveaux
Et la vie tourne autour
En silhouettes informes

Je ne peux en saisir
Que des fragments éparses
Des bribes quelques mots
Que les autres prononcent

Les autres comme les ombres
Qui hantent mes lieux sombres
Dans l’abîme de mon être
Dans le fond de mon antre

D’autres voix me pénètrent
Sont-ce des muses ou des anges
Ou des démons étranges
Peut-être tout à la fois

Peut-être je ne sais pas
Longtemps j’ai essayé
De m’accrocher de croire
En ces formes abstraites
Parfois même j’arrivais
À prétendre comprendre

Et tout a vacillé
Et puis rien le néant
De mon imaginaire
Est devenu réel
Plus réel que rien
Rien ne le fut jamais

Un homme qui n’est pas moi
Me regarde en miroir
Un homme qui n’est pas moi
S’est perdu dans le noir

Habité par des mots
Dont il ne sait que faire

Même le temps trahit
Il ne suit pas sa course
Même l’espace ici
Rien ne reprend plus corps
Rien que douleur et peur
Et le gant de la mort
Qui ne disent pas leurs noms
Qui ne désignent rien

Rien d’autre que l’abîme
Parsemé de visions
De visions
De souvenirs lointains
D’hier dans mes demains

Mes deux mains
Le vide grouillant
Le labyrinthe dépossession
L’abîme
J’ai sombré dans les flots
Tourbillon de mes ombres
Caveaux de mes pensées
Mes limbes

Mes limbes à jamais
Le vide
Où je suis enfermé
Seul
Au milieu du nombre
Et des visions aveugles
Qui viennent me parler

Je ne veux plus écouter
Étranglé
Je vais rester assis
Là
Comme un enfant perdu

Et je vais contempler
Ce qui jamais ne fut
Étranger

Étranger à ce monde
Où tout à déraillé
Où rien ne fut jamais

Étranger à ce corps
Ce corps qui n’est pas moi
Qui ne le fut jamais

Étranger à ce monde
Étranger à moi-même
Moi-même
Je ne sais pas
Ce que tout ça veut dire

Je veux me reposer
De mes luttes perdues
Des effets et des causes
Je veux me reposer

Dormir
Je ne sais plus

Étranglé par l’informe
Étrange âme difforme
Survivant sans raison

Les silhouettes se sont tues
Je ne veux plus entendre

Je veux me reposer

Du caveau des pensées

Je souris à l’enfant
L’enfant qui est perdu
Qui les yeux plein de larmes
Tambourine à la porte

Violemment
Mains en sang

Il pleure
Il veut entrer

Il voudrait exister

Je souris à l’enfant
Et l’enfant me regarde
De mes yeux pleins de larmes

Je souris à l’enfant
L’enfant m’a reconnu
Reconnu

Perdu

Je ne veux plus

 

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